Livraison et commande en ligne

Emballages à usage unique au Québec : le vrai coût

Par Pete Ross4 mars 20269 min de lecture
Contenants à emporter empilés sur un comptoir de restaurant

Tu as probablement changé tes contenants depuis 2023. Peut-être que ton fournisseur t'a envoyé un courriel, peut-être que tu as vu l'inspecteur passer chez le voisin. Tu t'es conformé. Mais est-ce que tu as fait le calcul de ce que ça te coûte par commande?

La réglementation sur les emballages à usage unique au Québec est un mille-feuille. Montréal a son règlement. Le fédéral a le sien. Le provincial vient de se donner de nouveaux pouvoirs avec le projet de loi 81. Et les alternatives conformes ne coûtent pas le même prix que le plastique qu'elles remplacent.

Cet article fait le tour : ce qui est interdit, ce qui s'en vient, et ce que ça représente vraiment sur ta facture d'emballage quand tu fais de la livraison.

Ce que Montréal interdit depuis mars 2023

Le règlement municipal est le plus strict au Canada. Depuis le 28 mars 2023, il est interdit de distribuer 8 catégories d'articles en plastique à usage unique dans les restos et commerces alimentaires de Montréal.

Pour la consommation sur place, tout plastique est banni :

  • Tasses et verres
  • Bâtonnets et pailles
  • Ustensiles

Pour le pour-emporter et la livraison, le polystyrène (#6) et les plastiques compostables (#7) sont bannis :

  • Assiettes
  • Contenants et couvercles
  • Barquettes (sauf viande et poisson crus)
  • Ustensiles

Le point qui surprend encore du monde : les plastiques compostables sont aussi bannis. PLA, PHA, bioplastiques. Si c'est du plastique, même compostable, c'est interdit pour la consommation sur place. Et pour le pour-emporter, le #6 et le #7 sont interdits.

Ce qui est encore permis

Les gobelets et contenants en carton avec un revêtement plastique (compostable ou non) restent permis. C'est pour ça que tu vois encore des verres de café en carton plastifié partout à Montréal. C'est la zone grise : le carton est le matériau principal, le plastique n'est qu'un revêtement.

Autre exception : les établissements qui font uniquement de la livraison sans comptoir accessible au public sont exemptés.

Les amendes

Les inspecteurs passent. Après un an, la Ville rapportait un taux de conformité de 92 % et moins de 40 contraventions émises lors des visites de suivi.

Première infraction Récidive
Entreprise 400 $ à 2 000 $ 500 $ à 4 000 $
Individu 200 $ à 1 000 $ 300 $ à 2 000 $

92 % de conformité, c'est bien. Mais ça veut aussi dire que la Ville est maintenant en mode application, pas en mode sensibilisation.

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Ce que le fédéral interdit en plus

Le Règlement interdisant les plastiques à usage unique s'applique partout au Canada. L'interdiction de vente est en vigueur depuis décembre 2023. Six catégories :

  1. Sacs de caisse (les minces)
  2. Ustensiles (couteaux, fourchettes, cuillères, baguettes)
  3. Bâtonnets à mélanger
  4. Pailles droites (les pailles flexibles restent disponibles sur demande pour l'accessibilité)
  5. Anneaux pour emballage de boissons
  6. Articles de restauration en polystyrène expansé, PVC, noir de carbone ou plastique oxodégradable

Si tu es à Montréal, le règlement municipal est plus strict que le fédéral sur presque tout. Le fédéral touche surtout les restos hors Montréal qui utilisaient encore du Styrofoam.

Le règlement est solide juridiquement. L'industrie du plastique l'a contesté en Cour fédérale, mais la Cour d'appel fédérale a confirmé sa validité à l'unanimité en janvier 2026. Ce règlement ne disparaîtra pas.

Ce qui s'en vient : le projet de loi 81

Le projet de loi 81, adopté en mai 2025, donne au ministre de l'Environnement de nouveaux pouvoirs pour réglementer les emballages au niveau provincial. Ce que ça signifie concrètement :

  • Le pouvoir d'imposer des seuils de contenu recyclé dans les emballages
  • Le pouvoir d'interdire certains matériaux pour la fabrication, la mise en marché et la distribution de contenants et emballages
  • La modernisation de la responsabilité élargie des producteurs (REP), qui va imposer des frais aux producteurs d'emballages non recyclables

Les règlements spécifiques n'ont pas encore été publiés. Mais la direction est claire : plus de restrictions arrivent, et elles viendront du provincial cette fois.

Pour un indépendant, ça veut dire que les choix d'emballage que tu fais aujourd'hui pourraient redevenir non conformes dans un an ou deux. Investir dans des matériaux comme la bagasse ou la fibre moulée est un pari plus sûr que de chercher la solution la moins chère qui passe juste.

Combien ça coûte par article

C'est ici que la plupart des opérateurs n'ont pas fait le calcul. Le plastique coûtait presque rien. Les alternatives conformes coûtent plus cher, et la différence s'additionne.

Article Plastique traditionnel Alternative conforme Hausse
Contenant clamshell 9x6 0,035-0,045 $ Bagasse : 0,055-0,065 $ +22-44 %
Plateau 3 compartiments ~0,052 $ Bagasse : 0,068-0,080 $ +31-54 %
Ensemble ustensiles ~0,025 $ Fécule de maïs : 0,035-0,045 $ +40-80 %
Pailles 0,002-0,004 $ Papier : 0,008-0,015 $ +200-650 %

Prix de gros approximatifs, 2025. Sources : Bioleader Packaging, Restaurants Canada.

En pourcentage, les pailles ont l'air dramatique. En dollars par commande, c'est le contenant principal qui pèse le plus lourd. Un contenant en bagasse à 0,06 $ au lieu de 0,04 $ en plastique, ça semble anodin. Mais chaque commande utilise plus qu'un contenant. Additionne le contenant principal, le couvercle, les ustensiles, le sac : la hausse totale par commande se situe entre 1 $ et 2,50 $. Et ça, c'est 40 fois par jour.

Restaurants Canada estime une hausse totale de 125 % des coûts d'emballage pour l'industrie quand on inclut les matériaux, l'entreposage et les ajustements opérationnels. Cette estimation inclut les chaînes qui négocient des prix de volume. Pour un indépendant qui commande 1 000 à 5 000 unités à la fois, la hausse se situe dans le haut de chaque fourchette.

Bonne nouvelle : les prix ont baissé depuis le pic post-pandémie. Les coûts de transport se sont normalisés en 2023-2024, et à des volumes de plus de 20 000 unités, l'écart tombe à 5-7 %. Mais la plupart des indépendants ne commandent pas à ce volume.

Ce que ça donne par commande de livraison

Prenons un exemple concret. Un bistro de 35 places à Montréal, commande de livraison moyenne de 38 $, coût alimentaire de 33 %, emballage conforme à 2,50 $ par commande, commission plateforme de 25 %.

Ligne Montant
Total de la commande 38,00 $
Commission plateforme (25 %) -9,50 $
Coût alimentaire (33 %) -12,54 $
Emballage conforme -2,50 $
Ce que le resto garde 13,46 $

La même commande de 38 $ servie en salle? Zéro commission, zéro emballage. Le resto garde 25,46 $ après le coût alimentaire. C'est 12 $ de différence par commande, et l'emballage représente environ le cinquième.

Avec l'ancien plastique à 1 $ par commande au lieu de 2,50 $? Le resto gardait 14,96 $. La hausse d'emballage mange 1,50 $ par commande de livraison. Sur 40 commandes par jour, 6 jours par semaine, c'est 360 $ par semaine. Plus de 1 500 $ par mois, juste en emballage supplémentaire.

Le calcul complet est dans notre article sur le vrai coût des commissions de livraison au Québec. Et si tu veux voir tes chiffres exacts, le calculateur de rentabilité livraison te donne la réponse en 30 secondes.

Le problème du compostage que personne ne mentionne

Tu paies plus cher pour des contenants « compostables ». Mais est-ce qu'ils sont réellement compostés?

Dans la plupart des municipalités québécoises, les installations de compostage municipal n'acceptent que les résidus alimentaires et les résidus verts. Les contenants en plastique compostable (PLA, PHA) sont refusés dans le bac brun. Montréal et plusieurs municipalités les rejettent explicitement.

Résultat : tu paies un supplément pour un contenant qui finit au site d'enfouissement de toute façon.

La bagasse (fibre de canne à sucre) et la fibre moulée s'en tirent mieux. Ce sont des fibres végétales, pas du plastique compostable, et elles sont plus largement acceptées dans les programmes municipaux. Si ta municipalité n'accepte pas les plastiques compostables dans le bac brun, tu paies pour une étiquette, pas pour un résultat environnemental.

Comment réduire ta facture d'emballage

La réglementation ne changera pas. La direction est claire : moins de plastique, plus de restrictions. Voici comment limiter l'impact sur tes marges.

1. Passe à la bagasse et à la fibre moulée. C'est le meilleur rapport conformité-prix-compostabilité. La bagasse résiste aux graisses, passe au micro-ondes et coûte moins cher que d'autres alternatives comme le bois ou le bambou.

2. Arrête d'inclure les accessoires automatiquement. Ustensiles, serviettes, condiments : mets-les sur demande seulement. C'est déjà une obligation à Montréal pour les ustensiles en pour-emporter. Et ça sauve de l'argent même là où ce n'est pas obligatoire. Une case à cocher dans ton système de commande, c'est tout.

3. Négocie tes volumes. L'écart de prix entre plastique et alternatives diminue rapidement avec le volume. Regrouper tes achats avec d'autres restos du quartier, passer par un groupement d'achat, ou commander en plus grande quantité peut faire tomber le premium sous les 10 %.

4. Simplifie tes formats. Moins de formats de contenants = moins de SKUs = meilleurs prix de volume. Un bistro qui utilise 3 formats au lieu de 8 négocie mieux et gaspille moins.

5. Calcule ton coût d'emballage par commande. Si tu ne connais pas ce chiffre, tu ne peux pas le gérer. Additionne tous tes contenants, ustensiles, sacs et condiments pour une commande type. C'est ton plancher. Le reste de tes coûts cachés de livraison s'empile là-dessus.

6. Évalue si la livraison est encore rentable à ce coût. L'emballage est un des coûts qui s'ajoutent aux commissions de 20-30 % que tu paies déjà. Si tes marges de livraison sont minces, c'est peut-être le moment de regarder la commande directe comme alternative pour tes clients réguliers.

Le portrait complet de la conformité

Niveau Ce qui est interdit Depuis quand
Montréal 8 catégories d'articles, tous plastiques (compostables inclus) pour sur place. Polystyrène et compostables pour pour-emporter/livraison. Mars 2023
Fédéral 6 catégories : sacs, ustensiles, pailles, bâtonnets, anneaux, Styrofoam. Décembre 2023
Provincial (loi 81) Pouvoirs élargis : seuils de contenu recyclé, interdictions de matériaux, REP modernisée. Règlements à venir. Mai 2025 (cadre)

Si tu es à Montréal, le règlement municipal couvre la quasi-totalité de ce que le fédéral interdit, et va plus loin. Si tu es ailleurs au Québec, c'est le fédéral qui s'applique pour le moment, mais le provincial arrive.

La conformité n'est pas le défi. La plupart des restos se sont adaptés. Le défi, c'est de savoir combien ça coûte et d'ajuster tes prix et ta stratégie de livraison en conséquence.

Sources : Ville de Montréal, Gazette du Canada, Assemblée nationale du Québec, Restaurants Canada, Bioleader Packaging.


Questions fréquentes

Quels emballages en plastique sont interdits dans les restaurants à Montréal?

Montréal interdit 8 catégories d'articles en plastique à usage unique, compostables inclus : tasses, verres, pailles, bâtonnets, ustensiles pour sur place, et assiettes, contenants, couvercles, barquettes en polystyrène ou compostable pour le pour-emporter et la livraison. Les contenants en carton avec revêtement plastique restent permis.

Combien coûtent les emballages conformes par rapport au plastique?

Les alternatives conformes coûtent 22 à 80 % plus cher par article selon le type. Les contenants en bagasse coûtent 0,055-0,065 $ vs 0,035-0,045 $ en plastique. Par commande de livraison, le surcoût total se situe entre 1,00 $ et 2,50 $ selon les articles utilisés.

Qu'est-ce que le projet de loi 81 change pour les emballages au Québec?

Adopté en mai 2025, le projet de loi 81 donne au ministre de l'Environnement le pouvoir d'imposer des seuils de contenu recyclé, d'interdire certains matériaux d'emballage et de moderniser la responsabilité élargie des producteurs. Les règlements spécifiques n'ont pas encore été publiés.

Quelles alternatives au plastique sont les plus rentables pour un resto?

La bagasse (fibre de canne à sucre) offre le meilleur rapport conformité-prix. Elle résiste aux graisses, passe au micro-ondes, est compostable et coûte moins cher que le bois ou le bambou. À des volumes de plus de 20 000 unités, l'écart avec le plastique tombe à 5-7 %.

Les contenants compostables sont-ils vraiment compostés au Québec?

La plupart des installations de compostage municipal au Québec n'acceptent pas les plastiques compostables (PLA, PHA) dans le bac brun. La bagasse et la fibre moulée, qui sont des fibres végétales, sont plus largement acceptées. Si ta municipalité refuse les plastiques compostables, tu paies pour une étiquette, pas pour un résultat.

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